"Tous ces instants se perdront dans l'oubli.
Comme des larmes dans la pluie...""-De nos jours, les politiciens ne réfléchissent qu'à très court terme, de cinq à sept ans, tout au plus, le temps de se faire élire ou réélire, concéda Isidore Katzenberg. Il serait pourtant intéressant de réfléchir sur les cent, mille, dix mille prochaines années... Quelle terre laisserons-nous à nos enfants?
-O.K pour jouer les visionnaires, mais la plupart des propositions d'avenir radieux ont débouché sur de tels échecs... Il est normal que maintenant les gens se montrent prudents face aux grands projets.
-Mais l'humanité a droit à l'erreur, protesta Isidore Katzenberg s'asseyant à son tour, sa lourde masse débordant de part et d'autre du siège et du dossier. On a beau critiquer le communisme, le libéralisme ou le socialisme, ils présentaient quand même l'avantage de proposer des cheminements. Même si ces idéologies ont échoué, il n'en faut pas moins continuer à en suggérer d'autres. Beaucoup d'autres, et que les gens choisissent. Ce n'est pas parce qu'on s'est trompé par le passé que l'on doit renoncer à faire des propositons d'avenir. De nos jours, on n'a plus le choix qu'entre les forces de l'immobilisme et celles de la marche arrière.
-Vous voulez dire entre les conservateurs ou les réactionnaires? interrogea-t-elle.
-Si vous voulez. Quoi qu'il en soit, à part "ne pas bouger" ou "faire demi-tour", on ne propose plus rien. Tout le monde est terrorisé à l'idée d'accomplir un pas en avant. Il n'y a plus que les auteurs de science-fiction pour oser envisager d'autres possibilités de société humaine dans le futur. C'est navrant."
Bernard WERBER
Le père de nos pères